Inévitable Houellebecq, histoire d'un phénomène

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On en connaît tous des doux, des indolents, des transparents, des faux-gentils, qui à l’usage et avec le temps, se révèlent être sous le verni, des héros, des tyrans, des fous, des sectaires ou des génies. C’est alors un choc: combien on s’était trompé sur celui qu’on a en face de soi maintenant, et qui est déjà à des années-lumières de celui qu’on avait en face de soi, juste avant.

Michel Houellebecq est un choc permanent. On ne lui échappe pas. C’est le grand homme  des Français et de leur littérature, volontiers comparé à Balzac, Zola ou Flaubert. Choc de son omniprésence depuis 15 ans, de la densité de sa pensée, de la force de son style. Choc aussi des polémiques qu’il déclenche à chacune de ses parutions et qui nous obligent à nous questionner.

Jusqu’au choc ultime de son dernier livre, Soumission, qui parle de la France, d’Islam, de Politique, de gagnants et de perdants, et qui s’adresse à une France déjà épuisée par 20 ans de débats et d’incompréhensions, sur l’Islam, la Politique, les gagnants et les perdants.

Naissance d’un phénomène
Avant Soumission, il y avait Houellebecq. Un physique: étrange. Une voix: atone et trébuchante. Un regard à l’intensité déconcertante, une gestuelle douce et empruntée. Et un passé atypique pour qui prétend comme lui siéger parmi les huiles de la littérature contemporaine.

Ses premières années sont à l’image des personnages qu’il affectionne dans ses romans: incertaines, floues, semblant glisser entre les obstacles de la vie. Il y a une date de naissance officielle (1958) et une fausse (1956), est-ce sa mère qui pressentant le génie, l’aurait vieilli de deux ans pour l’inscrire à l’école, ou lui qui pour se rajeunir aurait falsifié ? Il y a controverse. Et donc mystère. Il devrait son prénom Michel au hasard d’une promenade au Mont Saint-Michel. Sa famille semble compliquée, pas très attentive à lui. La mère de Michel Houellebecq publiera d’ailleurs un livre insensé, où elle répond violemment à son fils (qui s’en est inspiré pour divers personnages féminins).

Que de chemins de traverse il devra emprunter avant de naître vraiment à ce qui sera sa vie: l’écriture. Sa supériorité intellectuelle le conduit à entrer dans une classe prépa aux Grandes Écoles d’Ingénieur où l’on sélectionne, épuise, trie et forme la crème de la crème de l’élite Française. Il intègre une célèbre école d’agronomie, on est si loin de l’écrivain. Il s’éloigne encore un peu plus en allant faire pendant 13 ans, de l’informatique, de diverses sociétés en diverses administrations. Au cours de ces années il emmagasine sans doute une matière brute inestimable, dont il tirera plus tard sa clique de personnages, frappants de vérité, sculptés dans la glaise de la médiocrité fabuleuse des Français moyens. Et surtout, il vit, il survit, il gagne sa vie.

Bien sûr Michel Houellebecq s’est essayé à publier de temps à autre, revues et poèmes, il aime lire, aime les femmes, fume et adore boire de l’alcool. Les ivresses déraisonnables à cet époque ne l’ont pas encore marqué. Ses grands yeux bleus tour à tour étonnés ou fuyants, qui soudain se fixent avec intensité, éclairent un visage juvénile aux lèvres fines de fin observateur, encadré par des cheveux déjà un peu rares, sagement plaqués et d’une couleur indécise.

Pas de bonne littérature avec de bons sentiments
Il est vraiment très rare qu’on fasse de la bonne littérature avec de bons sentiments. Tragédies, polars, poésie, essai ou roman: tous les genres littéraires charrient leur masse de souffrances, de mal-être, de drames à exorciser. Et Houellebecq sait à merveille zoomer sur le quotidien pas terrible de personnages perdus et un peu ternes, pour dézoomer ensuite sur le monde en offrant un panorama particulier et du lien entre des faits en apparence insignifiants.

En 1994, il publie Extension du Domaine de la Lutte. Le roman est marquant, mais ne sera pas suffisamment hors normes dans ses prises de positions, pour déclencher la starisation. On y découvre cependant le socle des obsessions qui jalonneront les romans suivant, ainsi que le style, unique, qui contribuera à rendre la littérature de Houellebecq si singulière.

Le livre raconte la vie sans relief d’un célibataire neurasthénique. Banal à pleurer, le personnage n’est pas sans ressemblance avec Houellebecq: informaticien, fortement obsédé par le sexe, englué dans une vie solitaire tandis qu’autour de lui s’agite une société consommatrice jusqu’à l’obscène, organisant une lutte financière et sexuelle sans merci, des classes et des individus.

La virtuosité de Michel Houellebecq est éclatante notamment dans ses litanies descriptives de faits insignifiants, de l’ordinaire le plus sordide ou de choses ennuyeuses en apparence. Notices d’électroménager, sociologie d’une entreprise, description par le menu du contenu d’un plat surgelé, fonctionnement du Minitel, compte-rendu détaillé des clac-clac-claaaac que fait un vieux chauffe-eau. Il ira même jusqu’à détail à l’extrême un spécimen de mouche dans La Carte et Le Territoire, et en profitera pour remercier Wikipédia pour l’avoir aidé dans sa démarche ! Houllebecq sait rendre fascinant un aspirateur.

Mais c’est en 1998 avec Les Particules élémentaires, que les portes de la forteresse-média et de la célébrité-poison vont voler en éclat. Il entre dans le cirque, lui l’immodeste, si sûr absolument sûr de sa supériorité. Il boit avec délices au calice du tumulte et des premières controverses. Et le faux timide crève l’écran.

Les Particules Élémentaires sont un récit foisonnant, multimorphe. Est-ce un simple roman ? Un essai ? Une étude biologique ou sociologique ? Un manifeste politique ? Impossible à cerner. Disons schématiquement que c’est le récit quasi-clinique, c’est à dire sans affect, sans projection émotionnelle de l’auteur dans les faits qu’il relate, de la vie de deux demi-frères, dont l’un Michel possède de nombreux points communs avec Houellebecq.

Ses obsessions Bret Easton Ellisiennes s’y développent à nouveau: le sexe, forcément orgiaque, obsessionnel, cru, un peu pervers, aux marges de la pédophilie; la femme forcément objet, consolidée du plastique de la chirurgie, attirée par l’argent des mâles et par leur sexe aussi, évidemment. Le dialogue impossible entre les pulsions permanentes des mâle et les aspirations des femelles, cause de frustration sexuelle, d’inhibitions, d’inaptitudes sociales.

Au-delà de ces sujets omniprésents, le romancier déroule d’autres lignes narratives: la maladie, le suicide, le divorce, l’abandon, la crise de la quarantaine, le clonage, pour finir en un épilogue glaçant: Le personnage de Michel, généticien, voit son travail aboutir après sa mort, en 2029, à la création d’une race de sur-humains déshumanisés, débarrassée des affres avec lesquelles les personnages du livre ont été aux prises. Les hommes disparaissent de la terre au profit de surhommes stériles et éternels, pouvant ainsi se consacrer sans conséquence, à la jouissance sexuelle perpétuelle. 

Pas de phénomène sans polémiques et sans style
Houellebecq devient donc en 1998 un phénomène. Or peut-on prétendre au titre de "phénomène" sans polémiques ? En France, sans doute pas, en tout cas pas sur la durée. Scandaleusement pornographe, pitoyablement misogyne, forcément réactionnaire: Houellebecq est sur le grill, mais le faux-gentil, le doux, l’indolent se détend comme un ressort et devient diable, pour échapper à ses détracteurs. Il est malin, il est joueur. Il ne fait qu’une bouchée des critiques, multipliant les théories futuristes (modifier la race humaine, recréer le matriarcat, redonner du sens par la religion), démultipliant ses obédiences: il se prétend un jour communiste, le lendemain ami des cathos tradis anti-avortement, apologue de la société de surconsommation, ou au contraire en quête de mystique laique.

La planète-édition le donnait grand vainqueur du célèbre prix Goncourt, il n’aura rien. La déception sera amère tant l’homme est orgueilleux, conscient de sa valeur.

En 2000, devenu riche (et ce n’est qu’un début), Michel Houellebecq s’expatrie en Irlande. Terre ô combien apaisante pour toutes sortes de maux d’argent. Le voilà donc exilé fiscal, notre grand écrivain national, qui non content de mettre le pays à feu et à sang par sa manie de nous questionner et de nous réapprendre à lire, fous le camp chez l’Irlandais, le traître, y cacher son argent. Nouvelle tempête, nouvel assaut de la cavalerie politico-médiatique. Cette fois Houellebecq jouera l’apaisement. Il rentre au pays en 2012.

Mais revenons en arrière, nous en sommes resté à la douche froide qui s’abat sur Michel Houellebecq quand il rate le Prix Goncourt en 1998. Six ans plus tard, le revoilà. La Possibilité d’une île est publié en 2005. Les thèmes habituels chers à l’écrivain sont à nouveau convoqués dans ce livre à la forme étonnante. En effet, tandis qu’on suit la vie de Daniel1, comique à succès au XXème siècle, le roman intercale le récit des vies de Daniel2, Daniel3 jusqu’à Daniel25, des clones vivant plusieurs siècles après le premier Daniel1. Ce comique cynique et parfait maître des mécanismes de l’humour et du succès médiatique, n’est pas sans rappeler un Dieudonné, humoriste star et controversé, maniant dangereusement la provocation antisémite, le conflit Israélo-Palestinien et l’histoire coloniale, Africaine de la France.

Comme toujours chez Houellebecq, le désastre sentimental est un thème majeur, ainsi que l’inexorable glissement dans la dépression de son héros. On n’oublie pas le sexe, l’inceste, le désir pédophile, les sectes et la race humaine améliorée par manipulation génétique et clonage. La Possibilité d’une île, c’est le désir d’ailleurs, mal endémique de notre société contemporaine. Un ailleurs que Daniel1 n’atteindra pas, ou pas de son vivant, puisqu’il se suicide à la fin du roman, donnant ainsi la vie à ses clones successifs, qui héritent du récit écrit de la vie de Daniel1 et la complètent tour à tour, pour améliorer chaque fois la lignée. Le roman est un pavé, 500 pages. Un pavé qui laisse le lecteur hagard, tant son propos est dense et ambitieux. Pour ce travail remarquable, ce sera le Prix Interallié. Merde, toujours pas le Goncourt.

Comment Michel Houellebecq parvient-il à tenir ses très nombreux lecteurs en haleine, d’un bout à l’autre de son oeuvre magistrale ? Car son public va bien au-delà des cercles intellectuels rodés à l’exercice de la lecture d’ouvrages imposants. Notre écrivain national est clivant, exigeant, mais populaire. Il est lu partout. Et s’il est lu partout et par tout le monde, et avec une telle avidité, c’est parce qu’il y a le style.

Jean Birnbaum, journaliste au Monde et rédacteur en chef du Monde des Livres admet: "C’est quelqu’un qui existe très fort, il a beaucoup de talent. Il a cette capacité de repérer ce que la société a envie qu’on lui dise de plus abjecte, ce qui traîne, le discours que la société a envie qu’on lui tienne."

L’homme comme le style sont reconnaissables entre tous et d’ailleurs ils se ressemblent.

Clinique, fluide, neutre. Économie de mots. Pas d’effet. Un langage clair. Une prosodie sans fioriture. Bien sûr, l’auteur prend un plaisir non dissimulé lorsqu’il se lance dans des explications techniques très poussées, des cours de physique pointus que même un ingénieur aguerri aurait du mal à suivre. Évidemment, Houellebecq jubile quand sans prévenir il devient critique littéraire et dissèque un auteur célèbre avec la désinvolture érudite du spécialiste. Mais il parvient à donner une unité étonnante à ses livres à tiroirs qui n’en finissent pas de s’ouvrir. Et plus il va, plus il se veut simple. Dans l’émission Boomerang de France Inter, il dit le 7 janvier 2015: "Je ne veux absolument pas qu’on voit comment les choses sont écrites, ça devient obsessionnel, j’essaie de minimiser les effets, enfin de ne pas faire d’effet, d’être très fluide, très aisé à lire."

Le génie de l’écrivain c’est aussi d’avoir su choisir des thèmes inédits qui paraissent improbables, nocifs, clivants, antinomiques avec l’idée de fédérer, d’être abordable ou consensuel. Il en a fait pourtant, des succès commerciaux et critiques fracassants. 

Le phénomène, c’est aussi l’homme
 Michel Houellebecq est immodeste, jusqu’à la vanité. On ne compte plus le nombre de déclarations où il s’admire lui-même et vante son talent. Il joue d’ailleurs son propre rôle en 2014, dans l’improbable téléfilm "L’enlèvement de Michel Houellebecq". Le film est un échec commercial ce qui ne l’empêche pas de déclarer: "Ça reste très surprenant pour moi qu’on me considère comme un acteur. C’est vrai que le résultat n’est pas mal."

Tant et si bien qu’il reproduit l’expérience avec la sortie la même année du film invraisemblable: "Near Death Experience" dans lequel il est ... l’unique acteur. Narcissisme.

 Michel Houellebecq, c’est aussi un physique, qui tient d’un personnage cauchemardesque échappé d’une toile de Jérôme Bosch, d’une bestiole de cartoon américain, du tueur en série et de l’Empereur Palpatine de la Guerre des Étoiles. Heureusement, notre Apollon Gaulois possède une qualité reine: l’humour et l’autodérision. Laissons-le se raconter. Voici un extrait de La Carte et Le Territoire, où Houellebecq met en scène une myriade de personnages réels du monde des arts, y compris et surtout lui-même:

"Vous reconnaîtrez facilement la maison, c'est la pelouse la plus mal tenue des alentours" lui avait dit Houellebecq. « Et peut-être de toute l'Irlande" avait-il ajouté.

Il tambourina pendant au moins deux minutes à sa porte, sous une pluie battante, avant que Houellebecq ne vienne lui ouvrir. L'auteur des Particules élémentaires était vêtu d'un pyjama rayé gris qui le faisait vaguement ressembler à un bagnard de feuilleton télévisé ; ses cheveux étaient ébouriffés et sales, son visage rouge, presque couperosé et il puait un peu. L'incapacité à faire sa toilette est un des signes les plus sûrs de l'établissement d'un état dépressif, se souvint Jed.

Des bouts de biscotte et des lambeaux de mortadelle jonchaient effectivement les draps, tachés de vin et brûlés par places.? "J'ai replongé... J'ai complètement replongé au niveau charcuterie" poursuivit sombrement Houellebecq. En effet la table était parsemée d'emballages de chorizo, de mortadelle, de pâté de campagne. Il tendit à Jed un tire-bouchon, et sitôt la bouteille ouverte avala un premier verre d'un trait, sans humer le bouquet du vin, sans même se livrer à un simulacre de dégustation. Jed prit une douzaine de gros plans, essayant de varier les angles.

 L’homme Houellebecq jusque là incomplet, accède à la complétude. Il entre enfin au Panthéon, en emportant son Graal, son Prix Goncourt, en 2010 avec La Carte et Le Territoire, justement. Son cinquième roman. Le Prix Goncourt est décerné au très chic et très mythique restaurant Drouant à Paris. La cohue ce jour là, autour du frêle Houellebecq est considérable. Le voilà cerné par les objectifs, écrasé, balloté comme un fétu de paille, un peu hagard, éperdu mais exultant. Il vient d’entrer dans l’Histoire.

Dans la vie, autour de Michel Houellebecq, il y a la galaxie Houellebecq. Plus si solitaire, l’écrivain Goncourisé: Des gauchistes intellos au look aussi brouillon-crasseux, mais aussi des "people" paillettes, des écrivains fameux, et d’autres personnages plus controversés ou difficilement classables, dont la France a le secret. Arrêtons nous un instant sur un étonnant dîner.? Le 14 novembre 2010, jour de remaniement ministériel, le Président Nicolas Sarkozy et sa femme Carla Bruni, convient en l’honneur de Michel Houellebecq, quelques personnalités du monde des Arts et des média.

Houellebecq de son côté a fait venir la rédactrice en chef du magazine Playboy qui lui a inspiré un personnage central dans La Possibilité d’une Île. Décalage. Il a aussi invité l’énigmatique et très droitier David Serra, qui dirige une revue internet, Ring et publie des écrivains comme Laurent Obertone, auteur d’un ouvrage sur la délinquance "La France Orange Mécanique" (qui lui a immédiatement valu d’être rangé à l’extrême droite par certains éditorialistes). La tendance générale sur Ring, est critique vis-à-vis de l’Islam, pro-Bush et anti "système", avec des positions très très à droite, donc. Et Houellebecq d’affirmer que "Ring est le meilleur site d’information". Super décalage. Et pourquoi pas, l’homme est iconoclaste et décalé dans le moindre dans ses aspect. Alors ses accointances avec des personnalités ambiguës n’étonne plus grand monde. On peut écrire de mauvaises choses avec de mauvais sentiments

On l’a dit, on n’écrit pas de bonne littérature avec de bons sentiments. Mais lorsque sort en ce mois de janvier son sixième roman, Soumission, l’idée qu’on peut écrire de mauvaises choses avec de mauvais sentiments s’impose à de nombreux observateurs. Presque personne n’a encore lu le livre qui éclipse tous les autres en cette rentrée littéraire (comme souvent avec Houellebecq), mais le grondement sourd de la polémique se fait entendre au loin. Déjà un mois avant, les premières voix se sont élevées pour dénoncer un livre qu’on dit rance, nauséabond, islamophobe, attisant les peurs, bref, indigne du grand écrivain et dangereux.

Le premier problème est que Soumission vient se poser en haut d’une pile d’ouvrages qui tirent sur la même corde. Celle du déclin Français face au péril Musulman. 15 ans que cette idée fait sans relâche son retour sur le devant de la scène. Dernier scandale en date, le livre de l’éditorialiste Eric Zemmour, très célèbre en France, intervenant à la radio, à la télévision dans la presse et dans ses livres. Bien que s’estimant perpétuellement censuré par les bien-pensants du système, on le voit partout du matin au soir. Zemmour a publié Le suicide Français. Des ventes records pour ce brûlot souvent approximatif qui dresse un portrait accablant de notre nation et pointe sans hésiter les responsables du déclin: les immigrés, les homosexuels, les femmes en tout cas les féministes, et puis la gauche, et aussi un peu la droite, tous les politiques quoi, et bien sûr les journalistes et les censeurs, bref, tout ce qui n’est pas blanc, sexagénaire, catholique et hétérosexuel.

Alors un Houellebecq qui surfe sur cette vague saumâtre de l’Islamisation de la France avec le scénario de l’arrivée au pouvoir d’un Président de la République musulman nommée Mohammed Ben Abbas, puis de la polygamie, de l’exclusion des femmes du monde du travail, de l’établissement d’une charia light, tout cela sous le regard morne de Français dépassés et apathiques: et bien ça fait beaucoup.
On y est, c’est le choc de Soumission.

Se pose alors la question de la responsabilité des élites et des intellectuels Français. Car si l’on se plaît à désigner comme cause de tous nos maux, des responsables tirés du peuple (immigrés, professeurs, minorités, par exemple), alors pourquoi ne pas s’interroger sur la responsabilité des vrais responsables du pays, des leaders d’opinion, des élites: les politiques, les média et les intellectuels.

Le choix par Michel Houellebecq de ce sujet brûlant qui épuise les Français depuis bientôt 15 ans peut-il être considéré comme uniquement artistique ? Non: Houellebecq est trop sensible à l’air du temps et au jeu médiatique pour ignorer le flot d’indignation et le ressac d’approbation qui va suivre. Il a forcément prévu et désiré le (bad) buzz.

D’ailleurs, le jour de la sortie du livre, le 7 janvier, au micro de Radio France Inter, le critique littéraire Augustin Trapenard, lit un passage de Soumission où Houellebecq parle du goût de l’écrivain Huysmans pour la discorde.

Le journaliste lit ce que Houellebecq écrit: "Huysmans a d’abord la nécessité de faire scandale, de choquer le bourgeois dans ce qui ressemble fort à un plan de carrière."

"- Vous voulez dire que ça s’applique à moi, demande Michel Houellebecq ?

-  Bah je vous pose la question, vous choquez le bourgeois vous aussi, répond le journaliste Augustin Trapenard.

-  Bah apparemment oui.

-  C’est un plan de carrière ?

-  Euh. Bah allez, oui, lâche Houellebecq

-  Ah ! Un scoop, le plan de carrière de Michel Houellebecq: choquer le bourgeois.

-  Pas plus que Huysmans, mais pas moins."

Évidemment personne ne songe à associer Michel Houellebecq de quelconque manière aux derniers événements tragiques survenus en France. Chronologiquement c’est impossible. Bien qu’il ait prononcé ces phrases pleine de nuances en 2001 dans le Magazine Lire: "La religion la plus con, c'est quand même l’Islam. Quand on lit le Coran, on est effondré… effondré! (...) L'islam est une religion dangereuse, et ce depuis son apparition. Heureusement, il est condamné. D'une part, parce que Dieu n'existe pas, et que même si on est con, on finit par s'en rendre compte. À long terme, la vérité triomphe. D'autre part, l'islam est miné de l'intérieur par le capitalisme. Tout ce qu'on peut souhaiter, c'est qu'il triomphe rapidement. Le matérialisme est un moindre mal. Ses valeurs sont méprisables, mais quand même moins destructrices, moins cruelles que celles de l'islam."

C’est à cette époque que le grand avocat Parisien, également éditeur et écrivain, Emmanuel Pierrat rencontre Michel Houellebecq: "Michel Houellebecq avait renvoyé l’avocat de la maison d’édition Flammarion qui voulait qu’il aille s’excuser publiquement si possible devant la Grande Mosquée de Paris. Or Houellebecq voulait défendre sa liberté d’expression, s’expliquer. Il est venu me chercher et nous nous sommes fréquenté quotidiennement tout l’été. Vous voyez comment il est: Il ne peut pas répondre à une question sans avoir marqué une longue pause et tiré sur sa longue cigarette une profonde bouffée. Au tribunal c’était impossible, je l’ai donc sevré à coup de patchs, coaché pour qu’il apprenne à parler fort, clair et répondre rapidement. C’était la folie. On avait contre nous l’Islam Français, la Ligue Islamique Mondiale (organe d’Arabie Saoudite), la Fédération Nationale des Musulmans de France, Les Grandes Mosquées de Paris et Lyon et la Ligue des Droits de l’Homme qui l’accusait de racisme. Pendant un an on a dressé une liste d’intellectuels qu’on a appelés pour le soutenir. Ça a été la débandade générale. On s’est retrouvé avec cinq témoins dont l’écrivain Philippe Sollers et Fernando Arabal, qui avait été poursuivit sous Franco pour blasphème contre le Christ. Dehors c’était l’émeute de journalistes du monde entier. Nous avions le monde intellectuel contre nous ou à distance. Il y avait eu les attentats du 11 septembre (les ventes du livre Plateforme de Michel Houellebecq s’étaient effondrées). Et puis, au moment du procès a lieu un autre attentat à Bali, visant une discothèque. Or c’était précisément le scénario que racontait Houellebecq dans Plateforme. Pour ma part j’ai choisi de plaider le 'droit au blasphème'. L’audience a duré 9 heures, la tension était très forte. Mais j’ai senti que la salle peu à peu réfléchissait. En fin de journée, on est sorti du Tribunal, on avait retourné le truc, Houellebecq avait raison. Comme par magie, les soutiens qui ne nous avaient jamais répondu se sont mis à appeler 'au fait, désolé, j’étais absent, mais si tu as besoin ...'"

Jean Birnbaum, rédacteur en chef du Monde des Livres a publié une tribune vidéo sur le site du Monde.fr au sujet de Soumission, dans laquelle il se montre sévère. Elle est intitulée "Un livre qui suscite la nausée et la révolte". Au téléphone, il nous confirme son point de vue à la fois intransigeant sur l'aspect purement stylistique, mais également sur le fond: "On peut considérer que du point de vue littéraire ce livre ne constitue en aucun cas un événement. On est assez nombreux à le dire: il imite ses imitateurs, c’est assez paresseux dans la construction, il y a des facilités. On sent qu’il reprend ses trucs, ses thèmes autre fois traités avec virtuosité, mais sur un mode vous me reconnaîtrez, 'vous connaissez la chanson'."

Puis sur la notion de responsabilité des écrivains, lorsque ceux-ci s'emparent de sujets d'actualité et de société. Doit-on encore les considérer comme de purs écrivains, ou deviennent-ils autre chose ?

"On ne peut clairement pas exiger d’un écrivain qu’il soit dans la modération ou la prudence, poursuit Jean Birnbaum. Mais comme Sartre le disait: 'Les mots sont des pistolets chargés'. Il faut vraiment avoir la mémoire très courte pour ne pas être renvoyé à des périodes sombres, lorsqu’on lit dans Soumission la lâcheté, l'allégeance de tous les personnages à un groupe religieux par pur opportunisme, appât du gain et du sexe. Jamais par spiritualité, il n’y a aucun personnage qui se converti à l’Islam dans le livre par conviction. C’est incroyable, Michel Houellebecq mise tout sur le fait qu’il aura un public amnésique, assez désinvolte idéologiquement pour ressortir l’argument stupide «oh, après tout ce n’est jamais qu’un roman». Houellebecq sait très bien la portée politique du langage et de la littérature. Imaginez ce qu’un jeune de culture Musulmane ressent face à cela, c’est à pleurer."

 Conséquences du bruit médiatique anti-arabe : à force de répétition il contribue à installer une atmosphère qui permet de valider une défiance généralisée vis-à-vis des Musulmans -> stigmatisation -> discrimination -> exclusion -> replis communautaire de la population visée-> risque de récupération par des extrémistes islamistes-> risque de radicalisation des individus les plus fragiles -> violence -> à nouveau défiance généralisée, etc.

Le jour de la sortie de Soumission, ce 7 janvier 2015, le magazine satirique hebdomadaire Charlie Hebdo sort lui aussi, avec en couverture une caricature de Michel Houellebecq, puisque c’est la principale actualité du jour et même du mois. Et ce texte sur le dessin de Houellebecq: "Les prédictions du mage Houellebecq: En 2015 je perds mes dents ... En 2022 je fais Ramadan !"

Very bad timing, le jour de la sortie de Soumission, qui est celui de la couverture de Charlie Hebdo moquant Houellebecq, est aussi le jour de l’attaque terroriste du magazine qui conduira au bilan dramatique de 17 morts.
Difficile de ne pas être frappé par ce funeste carambolage d’événements dont on sent bien qu’ils ont un lien diffus entre eux.
Alors Michel Houellebecq disparaît du tumulte. Il est exfiltré de Paris pour sa sécurité (tous ont bien senti que des regards se tournaient vers lui) et aussi nous dit-on, parce qu’il a besoin se mettre un peu au vert avant de reprendre la promotion. On verra plus tard.

D’autres en font autant, prudents, après avoir ardemment défendu la thèse de Houellebecq. Alain Finkielkraut, par exemple, célèbre philosophe connu pour ses position de droite, anti-imigrationnistes. Son attachée de presse explique qu’il ne donne plus désormais d’interview sur Michel Houellebecq, compte tenu de ce qui vient de se produire.

Trois jours avant, le 4 janvier, il disait encore au micro d’Élisabeth Levy sur radio RCJ:

"Michel Houellebecq est notre grand romancier du possible. Entre clonage généralisé et devenir touristique de la France, il s’épanouit dans le roman d’anticipation. Soumission ne déroge pas à la règle, sauf que cette fois Houellebecq appuie là où ça fait très mal et les progressistes dont il était malgré sa noirceur le chouchou, crient 'Aie !' (...) La grande affaire de ceux qui se présentent eux-mêmes comme des rebelles, des réfractaires, des résistants, c’est que rien ne fasse obstacle aux revendications de l’Islam et à sa progression et telle est à mes yeux la mystification de la gauche actuelle, telle est sa suprême imposture: quand elle dit 'changement', il faut entendre 'soumission'."

Son ami Emmanuel Carrère, également écrivain majeur,  prix Renaudot pour Le Royaume, déclare à propos de Soumission: Un livre prophétique, dans la lignée de 1984 et du Meilleur des mondes, en plus puissant."

Fouad Zeraoui est aux premières loges pour prendre la mesure de l’impact de ces discours sur la jeunesses Musulmane de France. Fondateur de l’association Kelma ("parole" en arabe), d’un magazine gay et ethnique, et créateur des célèbres soirées Black Blanc Beur qu’il organise depuis fort longtemps à Paris, il couve une population prise entre deux feux: les musulmans homosexuels. Confrontés au racisme hors leurs murs, ils sont victimes d’homophobie à l’intérieur. Voilà bien une population d’origine immigrée, qui pourrait du fait de son homosexualité, se sentir proche des publications anti-musulmanes. "Les musulmans ont l'impression de subir sans avoir la possibilité de répondre, nous dit Fouad Zeraoui, et d'ailleurs quand bien même ils le pourraient, cela est très difficile dans la mesure où l'ont a à faire à des boxeurs professionnels qui usent de toute la mauvaise foi et parfois de vérités qui nécessitent des réponses précises, compliquées. Une critique de sa communauté est difficile en ces temps où la devise est tous groupés" Pour Fouad Zeraoui, il n’est pas question de ne pas se ranger derrière l’image virile des frères, du père, quand celle-ci est attaquée par le monde extérieur. "La surenchère des musulmans sur la virilité (les barbus ont sont l'incarnation : le super homme, le soldat, l'homme qui ne souffre d'aucune tare occidentale) est une réponse à cette attaque sur la virilité. Et les gays issus de cette communauté musulmane n'ont pas d'autres choix que de s’associer à ce mot d'ordre implicite : pas de déviant qui entache notre unité, notre démonstration, notre unique fierté. Il faut faire masculin." On se tait, donc et on ne prend très peu part au débat.

Pour Frédéric Pichon, diplômé d’Arabe, professeur de géopolitique, consultant média et en contact régulier sur Internet avec des djihadistes, s’il est évident que certains leaders d’opinion instrumentalisent ce filon anti-musulman, ce n’est pas ce qui pousse à la radicalisation. D’ailleurs, il juge le roman de Michel Houellebecq totalement irréaliste, aucun président Musulman ne pourrait être élu, "pour la simple raison qu’il n’y a pas de communauté Musulmane en France. Trop de courants dans l’Islam, celui de France, celui au Maghreb, en Turquie, etc. Ils ne peuvent pas se mettre d’accord sur un Président." Il propose une explication intéressante en revanche. Notre culture occidentale n’offre plus depuis longtemps de modèle spirituel intéressant. "Elle a oublié le sacré, n’est plus capable de donner de valeurs. Ce qu’une partie de la jeunesse musulmane va chercher ailleurs , renvoi à notre vide". A force de visionner les vidéos des djihadistes, Frédéric Pichon a distingué trois notions importantes, trois éléments que montrent malgré eux les jeunes qui se filment parfois avant de passer à la violence. " 1) La Régénération: notre radicalisation va nous faire changer de vie. Métro, boulot, dodo, je le rejetais déjà en France. Maintenant fini le shit et les rodéos en bagnole, j’ai trouvé un sens à ma vie. 2) L’Émotion: Les gars pleurent d’émotion avant de passer à l’acte. Ils manifestent leur amour aux «frères» qu’ils ont trouvé. 3) L’Ascèse: l’aspect martial, sacrificiel, sain de leur nouvelle vie."

D’un côté donc, des leaders d’opinion qui stigmatisent, à tort ou à raison, et de l’autre une vacuité spirituelle que rien ne vient combler ... jusqu’à ce qu’arrivent de mauvaises rencontres.

Le dernier problème, c’est que Michel Houellebecq feint de ne pas vraiment bien comprendre ce qu’on lui veut, à lui qui n’est qu’un simple écrivain. Être responsable ? Quelle responsabilité ? Responsable de quoi ? De rien, en effet, car quand on le questionne, il élude, il botte en touche, il joue l’ingénu.

Par exemple, la veille de la sortie du livre Michel Houellebecq est au journal de 20 heures de France 2, le 6 janvier : le présentateur David Pujadas l’interroge sur le tableau général présenté dans le livre, qui alimente la peur, et sur la responsabilité sous-jacente de l’auteur sur sa propagation. Trois fois David Pujadas reviendra à sa questions, trois fois Houellebecq répondra à côté, et David Pujadas de conclure: "Vous semblez minimiser."

Le journaliste fait alors diffuser des réactions de lecteurs dont celle de Malek Chebel, philosophe Algérien, traducteur du Coran, anthropologue des religions. En retour plateau, David Pujadas le cite: "Quand on est un grand écrivain on a plus de responsabilités. Vous le ressentez ?" Réponse de Michel Houellebecq: "Je ne vois pas d’exemple où un roman ait changé le cours de l’Histoire." Suivront au cours des échanges plusieurs non-réponses, comme "Ni l’un ni l’autre", "Je ne sais pas, je ne sais même plus", "Alors je ne l’approuve, ni ne le condamne (le personnage principal qui s’est converti à l’Islam par facilité, ndlr)"

Cette question de la responsabilité des intellectuels et des média est l’occasion d’un vif affrontement sur le plateau de l’émission "C à vous" sur France 5, Edwy Plenel, politiquement à gauche, directeur du site d’information Médiapart et ancien directeur du journal Le Monde, assène:

"Nous faisons, nous les média, certains média, de cette fiction un événement d’aujourd’hui, faisons d’un écrivain, qui a le droit de penser ce qu’il veut, l’événement politique de cette rentrée. Après trois mois de Zemmoureries (...) on considère que c’est normal, nous journalistes, de se faire le relai de cela, de le promouvoir (...) Qu’est-ce que l’on met en scène (Sur le service public, télévision et radio, ndlr): que l’Islam est un problème, que les musulmans sont un problème. Depuis 15 ans, nous sommes un pays où nous développons la discrimination en bloc d’une population à raison de son origine, de sa croyance, de sa culture, en disant Les Musulmans, l’Islam ... Vous vous rendez compte de la violence pour ceux qui sont concernés ? Michel Houellebecq est islamophobe, il le revendique depuis 15 ans, il suffit de lire ses interviews, vous lui donnez une tribune."

David Serra, directeur de la revue Ring, que nous avons contacté et dont on a parlé plus haut est lui au contraire très enthousiaste: « Pour retrouver l’esprit d’une époque, on ne se plonge pas dans les coupures de presse, on cherche l'écrivain qui a « attrapé le siècle à la gorge ». Un auteur authentique tire dans la foule, déchire l’espace public et je suis heureux de retrouver un peu le Michel Houellebecq de Plateforme, et qui me donne cette fois ci des leçons de politique, de théologie, de morale et d'économie (...) Je ne connais pas les forces en jeu dans le cerveau actuel de Michel Houellebecq, je ressens qu’il est encore, dans sa solitude véritable, une force agissante dans un maelström d’écrivains en plastiques, aux visages identiques (...) L’identité est LE sujet central, celui qui est dans toutes les têtes, y compris celles qui font mine de le moquer. Son lectorat historique attendait ce sujet mais ne l’espérait plus vraiment. Michel Houellebecq semblait comme dompté depuis son Goncourt. Il apparaissait dans des médias d’Entertainment et ne semblait plus déclencher qu’une étrange unanimité. Il a montré finalement qu’il faisait ce qu’il voulait et qu’il restait, en dernière instance, seul maitre à bord."

Les événement d’aujourd’hui résonnent avec ceux de 2001. Un livre polémique de Michel Houellebecq, des déclarations islamophobes à l’époque, aujourd’hui un livre sensible, et le hasard d’attentats monstrueux. 14 ans après, l’avocat Emmanuel Pierrat pense exactement pareil et ne mâche pas ses mots :"Parmi ceux qui défilaient dimanche à Paris, avec leur bonne conscience, il y en a qui sont les premiers à dire que Charlie Hebdo l’a bien cherché et sont les premier à attiser le feu en Banlieue.

L’écrivain n’a pas à faire attention à une catégorie de population. Sinon, on entre dans une logique qui va contre nos principes. Houellebecq est un écrivain, pas un pamphlétaire ou un journaliste comme Zemmour. La Littérature est un territoire sacré, on a le droit de forcer le trait. On a le droit au mauvais goût et au blasphème. Si les écrivains n’ont plus le droit de le faire alors il faut arrêter tout de suite la littérature."

L’ami de longue date de Michel Houellebecq et agent d’artistes, François Samuelson, prend lui aussi fait et causes pour l’écrivain. Il a lu Soumission il y a 8 mois, mais depuis une semaine il est sollicité à tout va par tous les média Français. Il prend le temps de nous répondre: "Je constate l’irresponsabilité de ceux qui reprochent une prétendue islamophobie, qui sont les mêmes qui dénonçaient l’islamophobie et le mauvais goût des caricatures de Charlie Hebdo. On est dans la situation du pyromane, qui une fois son forfait accompli, crie au feu ! L’écrivain écrit un livre, c’est une fable politique, comme Voltaire pouvaient en écrire. Malheureusement par un affreux hasard, la réalité a rejoint la fiction. C’est un peu comme si on reprochait à une fille violée de l’avoir bien mérité parce qu’elle s’habille de façon provocante. Pardon, j’y mets de la passion, mais ça me rend fou."

François Samuelson ajoute enfin que «tout va bien, Michel Houellebecq est rentré à Paris.  On ne va pas rejouer "L’Enlèvement de Michel Houellebecq" numéro 2 ! Il est surtout effondré par la mort de son ami Bernard Maris dans l’attentat de Charlie Hebdo (économiste, journaliste, qui avait écrit "Michel Houellebecq économiste", reprenant les analyses économiques de Houellebecq, qu’il jugeait pertinentes, ndlr). C’est ça qui le touche. La meute, il s’en fout !"

Houellebecq s’en sortira. Il s’en tire toujours. Il ne sera pas un Dorian Gray à l’envers, portant sur son visage les sillons tortueux de décadence d’une pensée ultra séduisante, mais qui s’est gâtée dans sa quête de plus, de mieux, de toujours plus fort encore. Houellebecq, funambule à l’équilibre insolent même quand ça souffle, trouvera la parade pour retomber sur ses pieds. Après tout c’est le grand homme Français de la littérature.

La production romanesque de Michel Houellebecq, c’est seulement six livres. Six livres seulement et qui sont une oeuvre immense. Il y a eu Houellebecq, il y a maintenant Soumission, et on attend la suite.